Tan de Repente (Tout à coup), de Diego Lerman
Sortie le 29.01.03

Un road-movie féminin qui se transforme "tout à coup" en un film sur le manque. Marcia est une grosse jeune fille qui desespère, du fond de son commerce de lingerie, de retrouver l'amour qu'elle crût tenir un jour passé. Mao et Lénine sont deux jeunes filles un peu garçonnes, deux amantes tuant les journées de rapines en flippers. Victime d'un coup de foudre pour Marcia, Mao l'entraîne, avec l'aide de Lénine, loin de la capitale, vers la mer.
Dans un monde ou l'homme n'est présent que comme agresseur potentiel, obsédé ou voyeur, les trois filles basent leur relation sur les frontières mouvantes entre amour, amitié et sexe. Arrivées au gré des vents auprès d'une vieille grand-tante de Lénine, elles s'intègrent à une petite communauté encore une fois très féminine, le seul homme y étant (ou y apparaissant comme) puceau. "Les Hippies sont de retour" comme le remarque d'ailleurs Lénine à la vue de la nouvelle robe de Marcia.
Tan de Repente n'en est pas pour autant un film sur un certain revival communautariste. Si la seconde partie du film est effectivement plus apaisée, les plans s'enchaînant moins vite tout en gardant le beau grain d'un noir et blanc très contrasté, on ressent néanmoins, de façon souterraine, qu'il ne s'agit que d'une accalmie.
Lorsque tout le monde s'enflamme (pas sans raison) sur une Nouvelle Vague argentine, le film de Diego Lerman est touchant, aussi bien par son choix esthétique - clairement influencé par la Nouvelle Vague - que par la justesse des personnages à qui il laisse le temps de respirer. Recommandé.

Grégoire Dubost.