Numéro Zéro, de Jean Eustache (1971)
sortie le 22.01.03

Grâce soit rendue à Jean-Marie Straub - même si cette formule le mettrait probablement hors de lui. Car c'est grâce à lui, l'un des huit spectateurs-prototypes de l'unique projection de ce Numéro Zéro dans l'appartement de Jean Eustache, que Pedro Costa a voulu retrouver ce qu'il serait ridicule, quoique assez juste, d'appeler Odette Robert - Director's Cut.
Juste parce que c'est bien le film tel que Eustache l'avait imaginé et monté que l'on retrouve ici, avec une heure de plus que ce que la télévision (TF1, oui) avait diffusé au début des années 80. C'est un film en deux parties. La première, muette et courte, filmée par un tiers, présente, Odette Robert, la grand-mère du cinéaste, faire quelques courses, secondée par Boris, son arrière-petit-fils. La seconde est un vrai bloc de temps, frisant les deux heures, aussi longtemps qu'Odette continue à (se) raconter, autant qu'il reste de pellicule dans les deux caméras qui tournent, en permanence, dans la pièce. Deux caméra, l'une en plan fixe qui embrasse toute la table, celle du salon, avec une nappe en tissu mais proche cousine des tables de cuisine recouverte de toile cirée, autour de laquelle on parlait beaucoup dans le premier volet du Profils Paysans de Raymond Depardon. La seconde, plus mobile, s'autorise zooms discrets et légers recadrages, pour mieux coller à l'oratrice, cette femme mystérieuse qu'est Odette. Quand un magasin est vide, on le recharge pendant que l'autre continue à enregistrer, interrompant à peine la conversation le temps d'un clap.
Mais ne parler que du dispositif du tournage serait injuste, tant ce qui nous captive, outre ce plaisir de voir Eustache, ne serait-ce que de dos, c'est le personnage qu'est Odette Robert. 70 ans d'histoire personnelle, 2 heures de monologue jamais ennuyeux. On appelle ça une performance d'acteur, non ?

Grégoire Dubost.