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Où gît votre sourire
enfoui ? (Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, cinéastes),
de Pedro Costa
sortie le 15.01.03
Osera-t-on écrire que ce film
commence par un sacré suspense ?
En plein cadre sur l'écran défilent des images de Sicilia
!, le blockbuster signé Straub et Vittorini. puis brusquement
tout se fige, repart au ralenti en arrière, tâtonne, cherche
le point précis, celui d'un clignement d'il, d'une amorce
de mouvement. Off, Jean-Marie Straub pérore, Danièle Huillet
résiste. Ce qui les sépare ? Un photogramme, et peut-être
quelques harmoniques annonciatrices de la nasale qui suit. Autour de ce
25ème de seconde se construit du cinéma.
Harun Farocki, cinéaste essayiste allemand, avait déjà
filmé ses deux collègues au travail sur un film d'après
Amerika de Franz Kafka en 1983. On pouvait les voir faire inlassablement
répéter la prise pour un détail de mouvement, une
intonation, un débit de voix fautif. Une "bonne" prise
n'était que l'indication qu'il fallait se concentrer sur les suivantes.
L'art de Straub et Huillet rejete la vraisemblance pour la recherche d'une
théâtralisation à outrance, de ces petits accidents
que la répétition fait naître et que le film de Pedro
Costa nous aide à déceler.
Réalisé à l'occasion d'un troisième montage
de Sicilia ! pour les élèves de l'école du
Fresnoy, il nous permet d'assister, comme des étudiants, à
la confrontation des artistes à son matériau. Soit des prises
alternatives de celles qu'ils ont déjà utilisées
pour les deux premières versions, mais que l'on pourrait difficilement
qualifier de rebut. Car de ce terreau naîtra une autre uvre,
sur mais non jumelle de la version exploitée en salle.
Près de deux heures de Straub-show : moulin à paroles,
il alterne les rappels théoriques que les difficultés du
montage font surgir avec des questions de quizz cinéphiles, alors
que Danièle Huillet, toujours à l'affût derrière
la table de montage, le corrige ou le mouche vertement lorsqu'il se fait
trop bavard. Leçon de couple, leçon de vie, donc vraie leçon
de cinéma. De celui que l'on ne fait plus, en brassant à
la main la pellicule, avec la gravité que nécessite le doute
ultime qu'il faut dissiper avant chaque coupe, irrémédiable.
Pedro Costa a su s'effacer, laisser le film se faire dans la pénombre
scintillante d'une pièce exiguë, où se découpe
les silhouettes parfois presque burlesques, de deux très, très
grands.
Grégoire
Dubost.
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