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Un couple épatant,
Cavale, Après la vie, de Lucas Belvaux
sortie les 01 et 08.01.03 Confronté à cet objet aussi inédit qu'ambitieux, l'il critique hésite. Doit-il le considérer comme une trilogie, succession ordonnée de trois films, et en cela suivre le conseil du réalisateur quant à la chronologie de vision ? Ou plus comme un triptyque dont la globalité ne se révèlerait qu'au fur et à mesure des détails scrutés ? Cette seconde perspective est plus prometteuse, les films apparaissant plus consanguins que successifs, mais l'impossibilité de pouvoir, tel un Graham sorti tout droit de Novo, aborder l'uvre dans tous les sens ainsi que les sorties échelonnées nous convainquent finalement de taire un anticonformisme systématique et de garder l'ordre sujet-verbe-complément. C'est avec une comédie enlevée que l'on est donc invité à mettre le doigt dans l'engrenage Belvaux. Avec un petit mensonge altruiste, Alain Costes s'engage sur la route qui le mènera tout droit à un délire paranoïaque dans lequel François Morel est parfait, comme lorsqu'à moitié drogué, il se retrouve à cavaler éperdument au milieu d'un champ de maïs, direction Nord, Nord Ouest. Ainsi le film fonctionne beaucoup plus par les situations qu'il provoque que par des dialogues truffés de mots d'auteurs ou de répliques cinglantes. Si Pascal Manise (Gilbert Melki) profite d'une filature pour surgir dans le cadre en une étonnante verticale, on verra peu après Ornella Muti l'imiter presque absurdement. En contrepoint, Cavale est beaucoup plus nerveux, plus sombre. Filmé à l'épaule, au montage rapide, le polar de la série présente un survivant en sursis, ancien terroriste gauchiste récemment évadé et bien décidé à reprendre la lutte. N'en déplaise à ses anciens camarades et connaissances, tous rangés ou devenus notables. Très indépendant de son précédent, Cavale est sans doute celui des trois volets qui est, en soi, le plus énigmatique, lacunaire. Peut être aussi parce que ses héros n'en sont pas véritablement : Bruno Leroux et sa figure polymorphe ne peuvent paraître positifs, et Catherine Frot se révèle presque plus dans les deux autres films. Mais le personnage le plus complexe est celui qu'interprète Gilbert Melki. Le seul à être bien présent dans touts les épisodes, il évolue constamment du dragueur inconsistant et prétentieux au flic ripoux mais très humain, coincé par ses erreurs passées. En cela, il est le parachèvement du système érigé par Belvaux. Sa limite aussi. En effet, Après la vie, ce mélo filmé très près de corps souvent inertes (par la drogue ou la fatigue) dont il partage l'affiche avec sa femme incarnée par la toujours magnifique Dominique Blanc, ne se contente pas d'être un troisième point de vue sur des événement dont le spectateur croit connaître a teneur. Le film recèle plusieurs surprises, bienvenues sur le coup, mais dont l'arrière-goût est plutôt amer, lorsque l'on se rend compte que les ellipses qui ponctuaient les deux premiers volets étaient plus larges qu'on ne l'aurait imaginé. Et donc que si ces derniers séduisaient indépendamment, c'est en partie parce que, Deus Ex Machina, Lucas Belvaux nous les avait présenté sous leur meilleur jour. Difficile pourtant de lui en tenir rigueur. Les quelques défauts identifiés (dialogues un peu pauvres, présence peut-être un peu trop importantes des scènes "doubles" qui finissent par lasser) ne nuisant pas véritablement à ce projet dont la réussite est à la hauteur de son ambitieuse folie. |