Petite histoire des salles de cinéma parisiennes.

Des années 20 aux années 50 : l'apparition du 7e art
Comme leur public s'accroît et leur réputation s'établit, les salles de cinéma parisiennes affirment leur identité propre et rejettent leur lien de parenté avec le théâtre. Le cinéma, rebaptisé 7e art par le premier mouvement cinéphile, commence tout juste à réfléchir sur lui-même, initiant une réflexivité qui n'a cessé depuis de prendre de l'ampleur et d'envahir les écrans. Les directeurs des salles à l'origine de ce mouvement, comme les Ursulines ou le Studio Parnasse, se donnent pour mission la diffusion de ce qu'ils reconnaissent comme les chefs d'œuvre, créant ainsi le réseau des cinémas d'Art et Essai. L'industrie cinématographique à Paris est florissante : en 1933 ses recettes sont deux fois plus élevées que la recette cumulée de tous les autres spectacles.

L'invention du parlant vient modifier en profondeur l'architecture des cinémas. Construites sur l'emplacement des théâtres cinématographiques, les nouvelles salles affirment la nouvelle indépendance du 7e art en adoptant une décoration qui assimilent souvent à des paquebots. Le hublot devient le motif de décoration en vogue et le mur lisse est de rigueur, qualité du son oblige. Le luxe est maintenu dans une version plus sobre, grâce à des jeux de lumière élaborés, mis en œuvre par exemple au Studio Raspail et au Mac Mahon. Quelques cinémas dissidents conservent des façades lourdement décorées, comme le Rex qui arbore une architecture résolument byzantine.

Dans cette période faste, le cinéma continue de progresser dans l'échelle des loisirs populaires. La guerre et la réquisition de salles par l'occupant ne freinent pas la fréquentation, qui grimpe de 78 millions à 96 millions d'entrées entre 1938 et 1946.

Les exploitants sont organisés en trois réseaux : les salles de première exclusivité programment les films dès leur sortie et pratiquent des tarifs élevés. En règle générale, un long métrage sort à Paris sur une seule copie. Après une carrière en salle de première exclusivité, la bobine est transférée dans une salle de seconde exclusivité. En fin de parcours, le film échoue dans une salle de quartier située en périphérie, qui ne pourra le programmer que plusieurs mois après sa première sortie, et ce à un tarif nettement inférieur.

Dans les années 50, l'adoption de l'écran large par les studios impose aux salles une nouvelle adaptation de leurs installations de projection. La scène, désormais inutile, est supprimée, les espaces d'accueil sont maintenus et rénovés. Sur les façades, de grandes affiches peintes annoncent la programmation.

à suivre...

Laura (écrit en collaboration avec Alexandre Tsekenis).

Bibliographie
Les cinémas de Paris, 1945-1995, Virginie Champion, Bertrand Lemoine et
Claude Terreaux, Collection Paris et son patrimoine
Les dernières séances, cent ans d'exploitation des salles de cinéma, Claude Forest, Editions CNRS Economie, 1995
Architectures de cinémas, Francis Lacloche, Editions du Moniteur, 1981.