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Petite
histoire des salles de cinéma parisiennes.
1895 -
1920 : Du phénomène de foire au grand spectacle
En 1895 le cinéma, jusqu'alors
curiosité de laboratoire, quitte les cercles scientifiques pour
les fêtes foraines. Les projections sont tant bien que mal organisées
dans les " baraques ", bâtiments éphémères
et itinérants qui abritent les attractions de la fête. Elles
sont équipées d'un écran au format timbre-poste sur
lequel sont projetées quelques minutes d'une bande floue, souvent
en mauvais état. Pour faire marcher leur boîte à images,
les forains utilisent un générateur d'énergie, sorte
de machine à vapeur surnommée la locomobile. Des
moteurs à gaz ou à pétrole sont aussi mis à
contribution. La décoration de ces baraques, souvent très
chargée, décline les motifs de l'Art Nouveau ; des guirlandes
lumineuses ornant la façade aguichent les foules populaires de
la foire.
La conception narrative du cinéma n'a pas encore été
élaborée : dans les baraques foraines, le public populaire
s'extasie devant les flashs incohérents de la boîte magique,
et reçoit de plein fouet le pouvoir de rêve de la nouvelle
machine.
Le
destin de Charles Pathé
Charles Pathémène une vie tranquille d'employé
de bureau jusqu'au jour où il découvre des phonographes
Edison. Il part en tournée dans les foires accompagné
de sa femme, son phonographe sous le bras. Devant le succès de
l'attraction, il vient à Charles l'idée d'appliquer la
recette à un appareil plus ambitieux : le kinétoscope,
qui permet la projection de films courts montés en boucle. Il
a rapidement l'idée d'industrialiser sa découverte, et
entreprend de fabriquer dans ses usines des films qu'il vend aux forains
: c'est ainsi que Charles Pathé se lance dans la production et
la distribution. Après 1907, la maison Pathé imposera
progressivement le système de la location des films : leur vente
permettait aux forains de faire circuler librement les films au détriment
des producteurs.
La sédentarisation
des salles
Au bout de quelques années, le cinéma
est devenu une industrie notoirement rentable qui attire bien des convoitises.
D'abord une simple attraction que les cafés-concerts collent dans
leur programme entre la pantomine et le music-hall, le cinéma se
métamorphose en spectacle à part entière. Tandis
que les progrès techniques permettent la fabrication de films plus
longs, D.W. Griffith imagine et conçoit aux Etats-Unis les films
narratifs. Cette innovation gigantesque, qui consiste peu ou prou à
utiliser différemment une technique existante, va révolutionner
le cinéma parisien. Les cafés-concerts et les forains perdent
leur position dominante sur ce qui va devenir le premier marché
du spectacle. Les musées de cire, les patinoires et les théâtres
se métamorphosent en cinémas. Des salles neuves sont construites
en 1906 sur les grands boulevards, calquant leur architecture et leur
décoration sur celles des théâtres. Colonnes, pilastres,
volutes s'accumulent dans les espaces gigantesques des halls et des salles
de projection. Ces " théâtres cinématographiques
" accueillent jusqu'à 1000 spectateurs ; le Gaumont Palace,
construit sur l'emplacement de l'hippodrome de Clichy, est le géant
de la place de Paris : sa capacité de 5500 places en fait à
cette époque le plus grand cinéma d'Europe.
Le luxe de ces établissements veut faire
oublier au spectateur le passé forain du cinéma, qui sort
de ces temples tout auréolé de prestige. L'évolution
des scénarios reflète également la volonté
des producteurs d'anoblir ce genre et d'attirer dans les salles les familles
bourgeoises.
Des fosses d'orchestre, les musiciens accompagnent les rebondissements
des films encore muets. Les salles modestes se contentent des offices
d'un pianiste. La politique de prix fait du cinéma le loisir le
plus accessible aux classes populaires, qui se pressent dans ces gigantesques
lieux de spectacles et de rencontres de plus en plus nombreux : 12 salles
en 1906, 204 en 1922.
à
suivre...
Laura
(écrit en collaboration avec Alexandre
Tsekenis).
Bibliographie
Les cinémas de Paris, 1945-1995,
Virginie Champion, Bertrand Lemoine et
Claude Terreaux, Collection Paris et son patrimoine
Les dernières séances, cent ans d'exploitation des salles
de cinéma, Claude Forest, Editions CNRS Economie, 1995
Architectures de cinémas, Francis Lacloche, Editions du
Moniteur, 1981.
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