20 septembre 2002

L'air de rien, un des derniers rituels de la séance de cinéma vient de voler en éclats. Nous nous étions habitués, depuis des années, à un enchaînement qui nous paraissait quasiment immuable. D'abord les bandes annonces, tels des apéritifs présageant du plaisir que nous prendrons plus tard, dans cette même obscurité, à voir ces films présentés (ou d'autres). Puis les lumières se rallumant à demi, les publicités que l'on subit passivement, essayant tant bien que mal de finir ce chapitre interrompu peu avant, ou discutant plus ou moins intimement avec sa voisine. Jusqu'à ce que la salle se rallume pleins feux, surprenant les amants impétueux ou signifiant au lecteur à la fois un meilleur confort et un répit de courte durée.
Car cet éclairage ne dure souvent que quelques secondes, mais le temps nécessaire en cabine pour effectuer les derniers réglages pouvait aussi passer pour une dernière présentation sans fard des éléments du spectacle à venir. Puis tout s'éteint, les conversations se taisent, la musique retentit.

Tout cela, c'était avant. Si certains signaux avant-coureurs auraient dû nous mettre la puce à l'oreille (comme ce débordement de la bande annonce sur l'espace publicitaire par l'intermédiaire des teasers), autant avouer que l'on n'y était pas préparés. Reprenons notre chronologie.
Les lumières s'éteignent pour de bon, l'écran présente une quelconque compagnie de distribution, on s'attend à voir deux ou trois clips de ce type, et une rauque sirène nous surprend alors qu'un Edward Norton en sepiacolor marche, décidé, dans un couloir de prison. Montage rapide, voix off, flashes solarisés en arrêt sur image, la forme ne trompe pas. C'est bien une nouvelle bande annonce qui s'est glissée dans l'espace dévolu au film même.
L'intrusion se répétant dans d'autres salles pour d'autres film, elle en devient à chaque fois plus agaçante. Passé l'effet initial de surprise, même en se préparant au pire, on ne peut s'habituer au déferlement de tics auquel cette annonce du prochain thriller anthropophage (après Le Silence des Agneaux et Hannibal) nous soumet, qu'ils soient ceux du réalisateur ou ceux qui s'emparent du visage de l'inspecteur joué par Norton (deux fois en quelques secondes, magnifique !).
Une chose est sûre, avant même sa sortie, de ce film on a déjà trop vu.

Grégoire.

PS : le film en question s'intitule Red Dragon et devrait selon toute vraisemblance envahir le métro dans les prochains jours.