Affichons la différence.

Il fut un temps où les affiches de cinéma étaient de vraies petites œuvres, dessinées et composées avec attention, dans le respect de règles plus ou moins strictes : couleurs accrocheuses, phrase-slogan introduisant le titre, représentation des stars, dont les noms chapeautaient le tout, dans une des scènes-clé du film, souvent accompagnées, tout autour, de miniatures qui permettaient de montrer des seconds rôles ou les mêmes personnages en d'autres circonstances. Les bandes-annonces n'existaient pas alors, et l'affiche en tenait rôle, complétée par les photos d'exploitation (dont la plus célèbre d'entre elles, celle du Monica de Bergman) qui apparaissent comme une survivance bizarre : on s'étonne qu'elles n'aient pas encore toutes été remplacées par ces écrans vidéo qui diffusent en continu les bandes-annonces des films à venir dans les multiplexes.

Affiches d'un autre époque, remplacées par l'usuelle photo extraite du film, en grand format, acteurs en haut, titre en bas. Non que ce nouveau type sont foncièrement moins beau, ou moins puissant, que le précédent, mais il est étonnant de constater comment il a complètement remplacé son ancêtre. Il ne reste guère plus qu'a Bollywood, usine du cinéma indien, que l'on peut en observer les derniers spécimens, les plus kitsch.

L'affiche (particulièrement ratée à mon goût) du dernier film de Woody Allen (Hollywood Ending) et réalisée par Floc'h, ce dessinateur incarnant à lui seul l'héritage de la ligne claire belge, nous fait remarquer un retour, timide, mais réel, de l'illustration dans l'affiche de cinéma. Floc'h semble en avoir été le précurseur, signant des affiches pour Resnais depuis longtemps déjà ( Smoking / No Smoking, On connaît la chanson). C'était il y a une dizaine d'année, et le concept était encore proche de la photographie. Les affiches de Smoking / No Smoking étaient encore très détaillées, sans toutefois représenter plusieurs moments du film : en cela la tendance "moderne" d'une seule scène, qu'elle existe effectivement dans le film ou non, est respectée.
L'idée s'est affinée, notamment avec l'arrivée de Dupuy & Berberian qui privilégient souvent l'abstraction comme arrière plan à un groupe de personnages plus typés "BD" (Au nom d'Anna ou plus récemment The Navigators). Ce retour à l'épure du dessin, en opposition aux photos toujours plus travaillées, s'il ne présage sans doute pas d'un retournement de tendance, rompt un peu l'uniformisation des couloirs de métro.

Grégoire.