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L'année 1973 dans le cinéma français : un panorama subjectif Si 1973 fut un peu vite étiquetée année du scandale, c'est d'abord à cause du festival de Cannes qui, cinq ans après l'édition agitée de 68, voit presse et public s'entredéchirer pour deux films. En effet, en sélection française on trouve, choix audacieux : La Maman et La Putain de Jean Eustache et La Grande Bouffe de Marco Ferreri. La presse et le public cannois s'acharnent plus particulièrement sur le film de Ferreri, qui déchaîne les qualificatifs les plus injurieux des journaux de tous bords, du Figaro au Canard Enchaîné. Le chahut provoqué renforcera d'autant le succès du film, dont le postulat rappelle celui des 120 journées de Sodome puisqu'on y voit un groupe de 4 bourgeois interprétés par Piccoli, Noiret, Mastroianni et Tognazzi s'enfermer dans une demeure pour s'immoler dans la débauche, la nourriture et le sexe étant les moyens employés. Dans un genre autre, La Maman et La Putain réussit également à agiter presse et public pour la crudité certaine de ses dialogues. Ce petit film tout simple ne se distingue de prime abord que par sa durée (3h40). Dans son thème et son traitement, il semble se rattacher directement à la Nouvelle Vague. Dans les cafés de St Germain des Prés, Jean-Pierre Léaud interprète un jeune oisif qui hésite entre deux femmes alors qu'un de ses anciens amours resurgit. Le tout éclairé par Coutard dans des noirs et blanc, qui éclairent la tristesse infinie de ces rapports humains de l'après 68. Sous le marivaudage apparent, Eustache peint dans une langue sublime une des plus belles histoires d'amour du cinéma français, sous l'égide de Piaf, Mozart, et Proust. Les dialogues dans une langue pure et brûlante sont aussi l'occasion pour Léaud, Bernadette Laffont et de l'envoûtante Françoise Lebrun de livrer des compositions inoubliables. Après Cannes l'autre scandale de 1973 fut la sortie d' Histoires d'A de Charles Belmont et Marielle Issartel, film militant sur le droit à l'avortement. Destiné à une distribution classique pour l'automne 73, la commission de contrôle l'ayant autorisé, il se heurte à une association anti-avortement qui dénonce le film dans le journal La Croix. Michel Druon, l'assez conservateur ministre de la culture l'interdit alors, sous prétexte que le film montre "des images enregistrées d'un délit réellement commis". On voit en effet dans une des premières séquences un avortement par aspiration, filmé en direct. C'est alors le début d'un jeu de cache-cache entre le public, les auteurs et producteurs et la force publique ; des projections sauvages sont organisées un peu partout en France dans des conditions parfois extrêmes puisqu'il arrive que la police intervienne pour brûler les copies. Le côté scandaleux du film, la conviction des militants qui le défendent, le sujet abordé, tout concourt à lui assurer le chiffre extraordinaire de 200 000 spectateurs alors qu'il n'a pas été distribué dans le circuit classique. Il sera finalement autorisé par Michel Guy le plus libéral successeur de Druon. Mêlant reportage, témoignage et enquête, le film reste une image vivace de ce que fut l'engagement militant dans les années 70. Il n'a rien perdu de sa fraîcheur. A la tête du box office cette année : un western Mon nom est Personne et surtout trois comédies : Les aventures de Rabbi Jacob , Le grand Bazar et l'inénarrable Mais où est donc passée la 7ème compagnie ?. Claude Zidi qui vient en effet tout juste de passer à la réalisation tourne une série de comédies avec le groupe de fantaisistes Les Charlots, Le grand Bazar appartient à cette lignée. Zidi avec Les bidasses en folie a montré que le comique troupier n'était pas mort et la 7ème compagnie sera un des grands succès publics de cette année 1973. Gérard Oury réussit avec Rabbi Jacob une de ses meilleures comédies avec de Funès qui outre les gags inhérents au talent certain de l'acteur principal, entre en résonance étrange avec l'actualité : le film qui narre un improbable quiproquo fondé sur la méprise entre Louis de Funès et un rabbin new yorkais sort en effet une dizaine de jour après le début de la guerre du Kippour. Dans le rayon comédie de murs Jean Louis Dabadie continue de signer avec succès de nombreux scénarios, notamment Salut l'artiste d'Yves Robert. Pascal Thomas sort son premier film Les Zozos et on note au générique d'un film collectif réalisé par une partie de l'équipe de Charlie Hebdo L'an 01 la présence de jeunes acteurs issus du café théâtre : Gérad Depardieu, Miou Miou, Christian Clavier dont la plupart tiendront le haut de l'affiche d'une partie du cinéma populaire français des 20 années à venir. Dans un registre autre, tandis que Duras continue sa route solitaire avec Nathalie Granger, Truffaut connaît un de ses plus grands succès publics avec La Nuit américaine. De même que Le Dernier métro, le film est une réflexion sur l'enchevêtrement du spectacle et de la vie, Truffaut qui joue son propre rôle semblant livrer les clés de son métier. Mais c'est d'un cinéma bien sclérosé dont il fait l'apologie, dans un film qui ne l'est pas moins, ce qui lui vaudra les réactions hargneuses de Godard et d'une partie de la critique. Bien qu'académique et mettant à jour les côtés les plus faibles de l'uvre de Truffaut, le film a un mérite : rassembler à l'écran Jean-Pierre Léaud et Bernard Ménez. On retrouve ce dernier à l'affiche
cette année dans un film passé quasi inaperçu. Tourné
en 1969 Du côté d'Orouët de Rozier a en effet
connu une distribution retardée. Loin des agitations militantes
et des engagements politiques, le cinéaste poursuit dans son second
film une dizaine d'anées après Adieu Philipine son
chemin avec charme et cruauté. |