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Le cinéma
américain en 1973 : panorama
Le vacillement de l'idéologie
hollywoodienne
Avec Bonnie and Clyde (Arthur Penn, 1967), The Wild Bunch
(Sam Peckinpah, 1969), et The Graduate (Mike Nichols, 1967), le
"nouveau" cinéma américain des années 60
prend de la distance avec les films qui jadis véhiculaient la mythologie
traditionnelle. Influencé par la Nouvelle Vague et sous le choc
d'événements en flagrante contradiction avec les idéaux
de la réconciliation et de l'action immédiate comme solution
universelle (le Viêt-Nam, la montée des dissensions raciales),
le cinéma Hollywoodien connaît un déséquilibre
présageant la remise en cause d'un système de valeur qui
jusqu'ici sous-tendait la plupart de ses produits. La croyance américaine
fondamentale dans les solutions ad hoc, l'aspect non permanent des problèmes
politiques, le bien-fondé des institutions et surtout l'existence
d'un espace géographique et d'une croissance économique
illimités (la " frontier thesis "), sont remis en cause
par le mouvement de la Gauche, connu aussi sous le nom de contre culture.
Left Cycle, Right Cycle
Au cycle cinématographique de la Gauche qui bat en brèche
ces idéaux bien ancrés pour dénoncer la fermeture
des frontières (frontier's closing) et le changement des
temps, répond le cycle de la Droite, fondé sur les valeurs
de la communauté : ordre, suprématie de la loi, préservation
de la paix internationale, respect de la famille de classe moyenne. Les
héros de la Droite, typiquement des policiers, résolvent
les problèmes auxquels ils sont confrontés par l'action
directe et temporaire. Cependant même les films de la Droite sont
infiltrés par le désenchantement et l'ironie ambiants. Le
choix fréquent d'une ville américaine surpeuplée
et corrompue comme cadre de l'action crée une sensation d'étouffement
qui met en évidence la fermeture des frontières, à
l'instar des films de la Gauche.
Un Box Office conservateur
Les nombreux films construits suivant la bonne vieille tradition dominent
encore le Box Office. Le très gros succès de l'Aventure
du Poséidon (1er au B.O. 1973), qui montre le naufrage du navire
et la lutte héroïque d'une poignée de passagers pour
échapper à la mort, témoigne ainsi de l'attachement
résurgent de l'audience américaine aux mythes fondateurs
fissurés. En réponse à ce désir du public
d'un retour aux modes traditionnels sont également tournés
plusieurs films d'un genre nouveau, celui du film nostalgique, qui transporte
son audience vers un passé inaccessible et regretté. Ainsi
de Paper Moon et d'American Graffiti, respectivement 5e
et 10e au B.O.
La prolifération des uvres-séries
dans le cinéma américain des années 1970 confirme
cependant la systématisation de l'usage de modèles standards
et témoigne d'un certain tarissement de la créativité
: Live and Let Die, James Bond à la sauce Roger Moore, arrive
ainsi 4e au Box Office de 1973, avec une recette de 15 millions de dollars.
La plupart des films de la Gauche, qui frustrent
le spectateur par leur refus à instaurer un processus d'identification
avec des héros décadents, rencontre un succès commercial
mitigé. Notons cependant que Deliverance de John Boorman
arrive second au Box Office en 1973 en démolissant l'un des mythes
les mieux ancrés de la société américaine
: la nature comme havre de paix et lieu de régénérescence.
Les quatre citadins de Deliverance, pénétrés
de ce mythe et partis profiter du plein air, seront les victimes de la
Nature présentée ici comme une force mystérieuse
et traîtresse qui précipitera les jeunes gens vers une horrible
destinée.
BOX OFFICE 1973
1. The Poseidon Adventure (l'Aventure
du Poséidon), de Ronald Neame
2. Deliverance (Délivrance), de John Boorman
3. The Getaway (Guet-apens), de Sam Peckinpah
4. Live and Let Die (Vivre et laisser mourir), de Guy Hamilton
5. Paper Moon (la Barbe à papa), de Peter Bogdanovich
6. Last Tango in Paris (le Dernier tango à Paris),
de Bernardo Bertolucci
7. The Sound of Music (la Mélodie du bohneur), de
Robert Wise
8. Jesus-Christ Superstar, de Norman Jewison
9. The World's Greatest Athlete (Nanou fils de la jungle) , de
Robert Scheerer
10. American Graffiti, de George Lucas
Laura.
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